CRISE DE L'INDUSTRIE DE LA MUSIQUE
Qui dit vrai?
Darryl Sterdan
30-11-2007 | 05h00
Mark Twain aurait déjà dit qu’il y a trois types de mensonges: les mensonges, les foutus mensonges et les statistiques.
On ne sait pas ce qu’il penserait des données fournies par l’Association de l’industrie canadienne de l’enregistrement (AICE), mais certains experts estiment qu’elles ne reflètent pas la réalité.
Un exemple: en avril, l’AICE a fait savoir que la quantité de disques compacts, DVD musicaux et autres formats expédiés aux détaillants avait connu un recul «sans précédent» pendant le premier trimestre de 2007.
«Nous avons connu des reculs temporaires importants auparavant, mais rien qui puisse se comparer aux chiffres inquiétants que nous voyons depuis le début de l’année», avait déclaré par voie de communiqué le président de l’AICE, Graham Henderson, avant d’ajouter que ce déclin constituait une «sonnette d’alarme» pour le gouvernement fédéral que le temps était venu de revoir la loi sur la propriété intellectuelle afin de freiner l’émergence au Canada d’un marché d’échange de fichiers.
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Mais un expert de l’industrie de la musique, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat, a souligné que les quantités expédiées aux détaillants ne correspondent pas à des ventes et que le recul enregistré est moins dû au piratage qu’à des facteurs comme:
- Une chute des exportations: «C’est le petit secret bien caché de l’industrie canadienne de la musique», a dit cet expert. Depuis des années, l’industrie canadienne fabrique des disques et les envoie clandestinement vers des marchés comme la Suisse et le sud des Etats-Unis, où ils étaient des aubaines en raison de la faiblesse du dollar canadien. Mais depuis que le huard s’est envolé et que cette équation économique a été renversée, ce marché noir des exportations s’est complètement asséché. «Personne n’en parle, a ajouté l’expert, mais ça représente une bonne partie de ce 35%.»
- Les retours d’après les Fêtes: Les calculs sont simples: les magasins de disques sont remplis de marchandises pendant le dernier trimestre de l’année, quand le marché du détail enregistre environ 45% de tous ses profits annuels. Après les Fêtes, les magasins commencent à renvoyer la marchandise non vendue pour obtenir un crédit. Ca représente plusieurs disques et DVD en moins dans ces expéditions, dit l’expert.
- Pas de grands lancements: Le premier trimestre de l’année est généralement une période creuse pour les grandes maisons de disques. Cette année a été particulièrement tranquille, avec moins de grands lancements et de grands succès que d’habitude. Moins de disques attendus se traduit par moins de disques fabriqués et expédiés, mais sans explication sinistre, dit l’expert.
Si on combine tout ça ensemble, on obtient une situation qui pourrait facilement expliquer le recul important des expéditions, dit l’expert, qui ne s’attend pas à une dégringolade semblable l’an prochain — et si le dollar devait plonger, on pourrait même assister à une augmentation puisque les exportations augmenteraient.
Et il y a une autre explication possible pour les différentes statistiques, affirme un autre expert: «Tout le monde ment».
Twain n’aurait pas mieux dit.
La suite du dossier: Le Canada: le nouveau Farwest